« L’homme du côté gauche »

Traduit en 2015, L’homme du côté gauche est un roman paru en 2011 au Brésil. Son auteur, Alberto Mussa est un écrivain contemporain très reconnu dans son pays. Rio de Janeiro est la ville où tient lieu l’histoire d’une enquête policière, à partir du récit de crimes fondateurs. L’expert est un capoeira spécialisé dans l’analyse des empreintes digitales et dont la fierté le mène sur les traces d’un suspect rival. Dans le cadre d’une maison close, les deux prédateurs cherchent de nouvelles proies, mais seul le criminel parvient toujours à ses fins.

« Baeta se rapprocha d’une dame apparemment jeune, probablement blonde, dont la peau, même dans la pénombre, était très claire. Guiomar, de son côté, tâchait de distraire l’homme, pour que Beata et la blonde puissent mener à bien leur affaire, seuls. C’était le jeu : Guiomar, femme féroce et jalouse, ignorait tout des aventures de son mari, n’aurait jamais admis qu’il ait des maîtresses, et ne devait à aucun prix soupçonner, par exemple, l’existence d’une porte-drapeau au morro da Favela. Mais elle aimait le voir avec d’autres, surtout les Blanches, face auxquelles son pouvoir de séduction sautait aux yeux ; voilà pourquoi elle désirait la Casa das Trocas, où Baeta pouvait exhiber, à son intention, cette virilité qui l’extasiait. Elle, Guiomar, ne permettait en revanche jamais qu’on la touche. Pas seulement pour obéir à une exigence de son mari, mais aussi parce qu’elle se sentait meilleure, valorisée, en restant la femme d’un seul homme, d’un homme capable d’avoir n’importe quelle femme.
Et la soirée commençait bien, jusqu’à ce qu’un imprévu vienne perturber l’expert. Un nouveau couple venait d’entrer, et Baeta entendit distinctement cette salutation :
– Bien le bonsoir, patron !
La formule s’adressait au médecin, maître des lieux, lequel y répondit sur un ton de familiarité. Aucun doute n’était permis quant à l’identité du nouveau venu : le timbre de voix, le balancement du corps et en particulier cette façon insolente de souffler vers le haut la fumée de la cigarette. Aniceto était pourtant la dernière personne que Baeta se serait attendu à croiser à la Casa das Trocas.
Avec une tension que tout le monde perçu, il s’excusa et prit le Polonais en aparté.
– Cet individu est peut-être impliqué dans le meurtre du secrétaire !
Le Dr Zmuda avait beau être un homme discret, la véhémence de Baeta, ainsi que son statut de policier, lui délièrent la langue.
– Il accompagne la veuve Palhares. Ils sont déjà venus plusieurs fois. Les infirmières l’adorent. »

Le mystérieux « docteur » polonais cherche lui aussi à comprendre comment le criminel peut posséder autant de pouvoir de séduction. Mais la seule personne capable de découvrir qui est vraiment cet individu démoniaque prénommé Aniceto, est un vieil ensorceleur vivant au cœur de la forêt et traînant la nuit dans les cimetières. Il sait que « l’homme du côté gauche » est à la fois un voyou des favelas de la ville et un personnage ambigu et vaniteux. Son histoire est associée aux mythes brésiliens et aux origines africaines que raconte en parallèle le narrateur. Ce roman puzzle mêle ainsi des récits fondateurs étonnants et des scènes d’action sensuelles fantastiques.

lhommeducotegauche

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