Farandole d’aimés

L’ami gourmet

Le chinois chine dans sa maison rouge, blasphème le lit de la génération perdue qui lui a légué son âme, son envie, ses croyances et la peinture. Offerte au public lors d’un manque de moyens, la femme en pastel flotte sous le regard des visiteurs.

Quel printemps

Le lapin de la montagne vire au violet, perdu parmi les œillets fins et crus, bombés comme ton chapeau s’envolant au-delà des prés, virevoltant tel un trèfle quand tu fouilles et scrutes la pelouse et souffles à faire décoller les coccinelles, les scarabées et les chenilles.

Cuisson chère

Toque au toquet de chef et frère cher, cuisine-le bien à l’envers du pléthore des îles, défile, chaud et mou, soleil enfoui, coussin serein, recette pépette, brûme noire et ascendante, chute. Un aigle caillou, cherche où, te fait signe pour t’éloigner du cri, recueille-toi dans ses bras.

Envol d’elle

Bonjour maîtresse, rêve de profondeur des abeilles autour de toi, un nuage qui fuse, une inspiration qui creuse, et te voilà, reine des champs, jouant devant la cornemuse, puisant ton talent dans l’ardoise et la craie, sur la plage pluvieuse telle une châtelaine, forte et chercheuse.

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« L’homme du côté gauche »

Traduit en 2015, L’homme du côté gauche est un roman paru en 2011 au Brésil. Son auteur, Alberto Mussa est un écrivain contemporain très reconnu dans son pays. Rio de Janeiro est la ville où tient lieu l’histoire d’une enquête policière, à partir du récit de crimes fondateurs. L’expert est un capoeira spécialisé dans l’analyse des empreintes digitales et dont la fierté le mène sur les traces d’un suspect rival. Dans le cadre d’une maison close, les deux prédateurs cherchent de nouvelles proies, mais seul le criminel parvient toujours à ses fins.

« Baeta se rapprocha d’une dame apparemment jeune, probablement blonde, dont la peau, même dans la pénombre, était très claire. Guiomar, de son côté, tâchait de distraire l’homme, pour que Beata et la blonde puissent mener à bien leur affaire, seuls. C’était le jeu : Guiomar, femme féroce et jalouse, ignorait tout des aventures de son mari, n’aurait jamais admis qu’il ait des maîtresses, et ne devait à aucun prix soupçonner, par exemple, l’existence d’une porte-drapeau au morro da Favela. Mais elle aimait le voir avec d’autres, surtout les Blanches, face auxquelles son pouvoir de séduction sautait aux yeux ; voilà pourquoi elle désirait la Casa das Trocas, où Baeta pouvait exhiber, à son intention, cette virilité qui l’extasiait. Elle, Guiomar, ne permettait en revanche jamais qu’on la touche. Pas seulement pour obéir à une exigence de son mari, mais aussi parce qu’elle se sentait meilleure, valorisée, en restant la femme d’un seul homme, d’un homme capable d’avoir n’importe quelle femme.
Et la soirée commençait bien, jusqu’à ce qu’un imprévu vienne perturber l’expert. Un nouveau couple venait d’entrer, et Baeta entendit distinctement cette salutation :
– Bien le bonsoir, patron !
La formule s’adressait au médecin, maître des lieux, lequel y répondit sur un ton de familiarité. Aucun doute n’était permis quant à l’identité du nouveau venu : le timbre de voix, le balancement du corps et en particulier cette façon insolente de souffler vers le haut la fumée de la cigarette. Aniceto était pourtant la dernière personne que Baeta se serait attendu à croiser à la Casa das Trocas.
Avec une tension que tout le monde perçu, il s’excusa et prit le Polonais en aparté.
– Cet individu est peut-être impliqué dans le meurtre du secrétaire !
Le Dr Zmuda avait beau être un homme discret, la véhémence de Baeta, ainsi que son statut de policier, lui délièrent la langue.
– Il accompagne la veuve Palhares. Ils sont déjà venus plusieurs fois. Les infirmières l’adorent. »

Le mystérieux « docteur » polonais cherche lui aussi à comprendre comment le criminel peut posséder autant de pouvoir de séduction. Mais la seule personne capable de découvrir qui est vraiment cet individu démoniaque prénommé Aniceto, est un vieil ensorceleur vivant au cœur de la forêt et traînant la nuit dans les cimetières. Il sait que « l’homme du côté gauche » est à la fois un voyou des favelas de la ville et un personnage ambigu et vaniteux. Son histoire est associée aux mythes brésiliens et aux origines africaines que raconte en parallèle le narrateur. Ce roman puzzle mêle ainsi des récits fondateurs étonnants et des scènes d’action sensuelles fantastiques.

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« Le liseur du 6h27 »

Très récemment publié, Le liseur du 6h27 est un court roman plein de références au monde contemporain et à ses contradictions. Les personnages sont tous ancrés dans la dure réalité des « basses besognes » puisqu’ils travaillent en usine au fond des cuves ou aux toilettes publiques d’un grand centre commercial. Mais leur esprit s’émancipe pour un total épanouissement littéraire. Entre la lecture à haute voix passionnée d’un prince plus que charmant et l’écriture talentueuse et philosophique d’une jeune femme séduisante qui a gardé son âme d’enfant, le quotidien trivial devient le rêve accompli d’une existence merveilleuse et poétique.

« Une fois l’an, à l’équinoxe de printemps, je recompte. Comme ça, juste pour voir, vérifier que rien jamais ne change. À ce moment de l’année si particulier où la nuit et le jour se partagent le temps à une même part égale, je recompte avec, nichée derrière la tête, l’idée saugrenue que peut-être, oui, un jour peut-être, même une chose a priori aussi immuable que le nombre de faïences qui tapissent mon domaine du sol au plafond puisse changer. C’est aussi vain et idiot que de croire en l’existence du prince charmant mais il y a en moi cette parcelle de petite fille qui ne veut pas mourir et qui, une fois par an, veut croire au miracle. Je les connais par cœur mes faïences. Malgré l’assaut journalier des coups d’éponge, beaucoup sont restées éclatantes comme un premier jour et ont su conserver intacte cette glaçure légèrement laiteuse qui nappe leur terre cuite. À vrai dire, celles-là m’intéressent peu. Leur trop grand nombre a fait de leur perfection une banalité sans attrait. Non, mes attentions vont plutôt aux éclopées, aux fendillées, aux jaunies, aux ébréchées, à toutes celles que le temps a estropiées et qui donnent à l’endroit, outre ce petit cachet vieillot que j’ai fini par aimer, une touche d’imperfection qui étrangement me rassure. »

Ce livre nous rappelle le pouvoir que chacun a de transformer l’ennui ou la laideur qui nous côtoie en une aventure magique ouverte aux rencontres.

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« Un zoo en hiver »

Le manga Un zoo en hiver est une œuvre de l’un des plus grands auteurs du genre, Jirô Taniguchi. Il a également publié Quartier lointain, Un ciel radieux, ou encore Le gourmet solitaire. Ses héros sont des hommes ordinaires, qui vivent des événements soit banals, soit extraordinaires. Leurs expériences sont toujours nostalgiques et émouvantes. Un zoo en hiver est le récit d’apprentissage d’un jeune japonais qui veut devenir mangaka. C’est grâce à sa rencontre avec une jeune fille sensible qu’il parvient à réaliser son rêve. Le fait qu’elle soit dans une situation dramatique et qu’elle change le destin du garçon donne les larmes aux yeux. Le lecteur est comme envoûté dans les histoires de Taniguchi qui évoquent l’amour, la famille, la maladie, ou tout simplement la vie quotidienne d’un individu exprimant ses rêveries et les petits plaisirs que lui offre la vie, comme « Le gourmet solitaire » dégustant chaque jour un nouveau déjeuner savoureux.

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« La fille de nos rêves »

La fille de nos rêves est un roman d’un écrivain bengali, Buddhadeva Bose, publié en 1951, en version originale. L’édition française, parue en 2011, est une traduction de la version anglaise de 2009. Quatre personnages y font chacun le récit d’une histoire d’amour qu’ils ont vécue et qui les a bouleversés. Il y a d’abord l’histoire d’un entrepreneur, qui convoitait sa belle voisine, mais dont la réussite professionnelle n’a fait que l’éloigner d’elle. Il a fait fortune pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que les voisins, qui avaient refusé de marier leur fille à l’entrepreneur, sont devenus des miséreux.

« Ce soir-là, il est rentré tard. Lorsqu’il est passé devant chez le professeur, les paroles de sa mère lui sont revenues en mémoire. S’immobilisant, il a levé la tête et observé la maison plongée dans l’obscurité, hormis une lumière dans une pièce du premier étage où ronronnait un ventilateur dont l’ombre gigantesque se projetait sur le mur à intervalles réguliers. Rien d’autre n’était visible. Sa mère se trompait sans doute du tout au tout, ils avaient l’air d’aller très bien. Du moins a-t-il tenté de s’en convaincre car que distingue-t-on d’une chambre située au premier étage quand on est dans la rue ?

Une écharde s’est fichée dans la poitrine de Makhanlal. De temps à autre, elle le piquait – la situation des voisins était-elle aussi désastreuse ? Non, non, c’était le fruit de l’imagination de sa mère ! À cause de sa jalousie déplacée, elle se réjouissait de leurs ennuis, alors elle exagérait, elle inventait. Et si elle avait raison ? C’était possible, non ? En quoi cela le concernait-il ? Que pouvait-il faire ? Devait-il faire quelque chose ? Rien, absolument rien. Quand bien même ils n’auraient plus de quoi se nourrir et se vêtir, il ne pouvait pas les aider malgré sa générosité qui dépassait tous les besoins ou attentes. Étrangement déprimé par ses pensées, Makhanlal s’en est voulu. Suis-je aussi incapable que ma mère de les oublier ? »

On apprend par la suite comment va agir l’entrepreneur, mais la fin n’est pas vraiment racontée, car ce qui importe est le confrontement de l’amoureux rêveur avec la femme réelle. Il en est de même dans les récits des autres personnages, le fonctionnaire, le médecin et l’écrivain, qui parlent des sentiments amoureux dans une société où les mariages arrangés sont encore pratiqués. La sensibilité et la rêverie sont touchantes dans ce classique de la littérature du Bengale.

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Vielli parterre de lucidité

La nuit me dit couche-toi là, et c’est en cet esprit que le monde est concassé, cadenassé, mûr, jauni et démoniaque. En vrai, qu’oses-tu pleurer pour si tendres que nous sommes ? Un rien, un tout, une folie maigre, joie fugace, pain poivré, ferme maudite, que la maison morte donne en plein dans le mille. Viens, perds une fois pour voir ce que les fous font à part se dire, au fin fond du culot, « moi j’aime, je passe et je touche » ; ce qu’ils gagnent à comprendre dans l’infini trou du caniveau.

« L’Homme qui voulait être heureux »

L’Homme qui voulait être heureux est un livre sur le développement personnel et sur le bonheur, expliqué à travers le récit d’un homme en vacances à Bali et qui va voir un guérisseur. Il cherche à comprendre pourquoi il n’est pas heureux et grâce aux expériences que lui fait vivre le vieux sage, il parvient à mieux se connaître et à surmonter ses angoisses. Le lecteur s’identifie à ce personnage, se pose les mêmes questions et se rend compte des pouvoirs du mental. Par exemple, le narrateur fait des recherches sur les placebos :

« Ce qui me fit vraiment réagir, c’est le nombre de cas pour lesquels la croyance en la guérison suffisait à guérir le patient. Il était en moyenne de 30 % ! Même des douleurs pouvaient disparaître ! Un placebo était aussi efficace que la morphine dans 54 % des cas ! Des patients avaient mal, ils souffraient, et l’absorption d’un vulgaire comprimé de sucre ou de je ne sais quel ingrédient neutre supprimait leur douleur. Il suffisait qu’ils y croient…

Je continuai de consulter, médusé, quantité de chiffres similaires concernant des maladies diverses et variées. Puis je tombai sur le chiffre qui me cloua sur place, les doigts comme englués sur le clavier : on avait administré à des malades un placebo présenté comme de la chimiothérapie et 33 % d’entre eux avaient avalé l’équivalent d’un morceau de sucre en croyant que c’était un médicament dont l’effet secondaire bien connu est la perte de cheveux, et ils avaient effectivement perdu leurs cheveux ! Mais ils n’avaient rien avalé d’autre qu’un putain de morceau de sucre, nom de Dieu ! J’étais pétrifié, confondu par ce pouvoir des croyances sur lequel avait tant insisté le guérisseur. »

L’histoire nous démontre que ce que l’on croit est déterminant sur notre vie, puisque si on pense qu’on est capable de quelque chose, on a beaucoup plus de chances de le réaliser. C’est une réflexion sur soi-même dans une aventure psychologique enrichissante et à portée de tous. Laurent Gounelle a écrit un autre best-seller, en 2010, Les Dieux voyagent toujours incognito, et il a récemment fait publier Le Philosophe qui n’était pas sage.

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