« Un zoo en hiver »

Le manga Un zoo en hiver est une œuvre de l’un des plus grands auteurs du genre, Jirô Taniguchi. Il a également publié Quartier lointain, Un ciel radieux, ou encore Le gourmet solitaire. Ses héros sont des hommes ordinaires, qui vivent des événements soit banals, soit extraordinaires. Leurs expériences sont toujours nostalgiques et émouvantes. Un zoo en hiver est le récit d’apprentissage d’un jeune japonais qui veut devenir mangaka. C’est grâce à sa rencontre avec une jeune fille sensible qu’il parvient à réaliser son rêve. Le fait qu’elle soit dans une situation dramatique et qu’elle change le destin du garçon donne les larmes aux yeux. Le lecteur est comme envoûté dans les histoires de Taniguchi qui évoquent l’amour, la famille, la maladie, ou tout simplement la vie quotidienne d’un individu exprimant ses rêveries et les petits plaisirs que lui offre la vie, comme « Le gourmet solitaire » dégustant chaque jour un nouveau déjeuner savoureux.

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« La fille de nos rêves »

La fille de nos rêves est un roman d’un écrivain bengali, Buddhadeva Bose, publié en 1951, en version originale. L’édition française, parue en 2011, est une traduction de la version anglaise de 2009. Quatre personnages y font chacun le récit d’une histoire d’amour qu’ils ont vécue et qui les a bouleversés. Il y a d’abord l’histoire d’un entrepreneur, qui convoitait sa belle voisine, mais dont la réussite professionnelle n’a fait que l’éloigner d’elle. Il a fait fortune pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que les voisins, qui avaient refusé de marier leur fille à l’entrepreneur, sont devenus des miséreux.

« Ce soir-là, il est rentré tard. Lorsqu’il est passé devant chez le professeur, les paroles de sa mère lui sont revenues en mémoire. S’immobilisant, il a levé la tête et observé la maison plongée dans l’obscurité, hormis une lumière dans une pièce du premier étage où ronronnait un ventilateur dont l’ombre gigantesque se projetait sur le mur à intervalles réguliers. Rien d’autre n’était visible. Sa mère se trompait sans doute du tout au tout, ils avaient l’air d’aller très bien. Du moins a-t-il tenté de s’en convaincre car que distingue-t-on d’une chambre située au premier étage quand on est dans la rue ?

Une écharde s’est fichée dans la poitrine de Makhanlal. De temps à autre, elle le piquait – la situation des voisins était-elle aussi désastreuse ? Non, non, c’était le fruit de l’imagination de sa mère ! À cause de sa jalousie déplacée, elle se réjouissait de leurs ennuis, alors elle exagérait, elle inventait. Et si elle avait raison ? C’était possible, non ? En quoi cela le concernait-il ? Que pouvait-il faire ? Devait-il faire quelque chose ? Rien, absolument rien. Quand bien même ils n’auraient plus de quoi se nourrir et se vêtir, il ne pouvait pas les aider malgré sa générosité qui dépassait tous les besoins ou attentes. Étrangement déprimé par ses pensées, Makhanlal s’en est voulu. Suis-je aussi incapable que ma mère de les oublier ? »

On apprend par la suite comment va agir l’entrepreneur, mais la fin n’est pas vraiment racontée, car ce qui importe est le confrontement de l’amoureux rêveur avec la femme réelle. Il en est de même dans les récits des autres personnages, le fonctionnaire, le médecin et l’écrivain, qui parlent des sentiments amoureux dans une société où les mariages arrangés sont encore pratiqués. La sensibilité et la rêverie sont touchantes dans ce classique de la littérature du Bengale.

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Vielli parterre de lucidité

La nuit me dit couche-toi là, et c’est en cet esprit que le monde est concassé, cadenassé, mûr, jauni et démoniaque. En vrai, qu’oses-tu pleurer pour si tendres que nous sommes ? Un rien, un tout, une folie maigre, joie fugace, pain poivré, ferme maudite, que la maison morte donne en plein dans le mille. Viens, perds une fois pour voir ce que les fous font à part se dire, au fin fond du culot, « moi j’aime, je passe et je touche » ; ce qu’ils gagnent à comprendre dans l’infini trou du caniveau.

« L’Homme qui voulait être heureux »

L’Homme qui voulait être heureux est un livre sur le développement personnel et sur le bonheur, expliqué à travers le récit d’un homme en vacances à Bali et qui va voir un guérisseur. Il cherche à comprendre pourquoi il n’est pas heureux et grâce aux expériences que lui fait vivre le vieux sage, il parvient à mieux se connaître et à surmonter ses angoisses. Le lecteur s’identifie à ce personnage, se pose les mêmes questions et se rend compte des pouvoirs du mental. Par exemple, le narrateur fait des recherches sur les placebos :

« Ce qui me fit vraiment réagir, c’est le nombre de cas pour lesquels la croyance en la guérison suffisait à guérir le patient. Il était en moyenne de 30 % ! Même des douleurs pouvaient disparaître ! Un placebo était aussi efficace que la morphine dans 54 % des cas ! Des patients avaient mal, ils souffraient, et l’absorption d’un vulgaire comprimé de sucre ou de je ne sais quel ingrédient neutre supprimait leur douleur. Il suffisait qu’ils y croient…

Je continuai de consulter, médusé, quantité de chiffres similaires concernant des maladies diverses et variées. Puis je tombai sur le chiffre qui me cloua sur place, les doigts comme englués sur le clavier : on avait administré à des malades un placebo présenté comme de la chimiothérapie et 33 % d’entre eux avaient avalé l’équivalent d’un morceau de sucre en croyant que c’était un médicament dont l’effet secondaire bien connu est la perte de cheveux, et ils avaient effectivement perdu leurs cheveux ! Mais ils n’avaient rien avalé d’autre qu’un putain de morceau de sucre, nom de Dieu ! J’étais pétrifié, confondu par ce pouvoir des croyances sur lequel avait tant insisté le guérisseur. »

L’histoire nous démontre que ce que l’on croit est déterminant sur notre vie, puisque si on pense qu’on est capable de quelque chose, on a beaucoup plus de chances de le réaliser. C’est une réflexion sur soi-même dans une aventure psychologique enrichissante et à portée de tous. Laurent Gounelle a écrit un autre best-seller, en 2010, Les Dieux voyagent toujours incognito, et il a récemment fait publier Le Philosophe qui n’était pas sage.

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Temps de la semaine surréaliste

La semaine est un parapluie qui se décante dans la boue, la gadoue. Je ne suis qu’un ange qui passe, trépasse et se mousse. La voiture descent dans la rue et les types se marrent, dans la mare les canards qui pataugent. Je ne sais pas quel est le délire de cette fille aux cheveux clairs. Quoique le rêve d’être un chacal soit des plus merveilleux. Enfin n’y crèvons plus car je crois que vient l’arc-en-ciel.

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Semaine surréaliste

Lundi

L’horoscope du quotidien gratuit lui a donné le ton de ce 15 février, jour porté par pluie battante sur les vitres du RER. La femme au garde-à-vous contre le strapontin replié tient son grand parapluie, sans pouvoir empêcher les autres voyageurs de s’agglutiner à l’intérieur. Elle s’écrie « arrêtez de pousser ! » et pense qu’elle déteste le lundi. La patience est de mise.

Mardi

La patiente du 33 avenue Filibert, chez le Dr J’ai rendez-vous est un rappeur invétéré du club house de Champigny.

Mercredi

Mon transilien de la veille du chien debout assis contre un réverbère poussant des gouttières, se rue sur l’autre rive de la Loire, vibrant de tous ses membres, contre un grand escalier mou.

Jeudi

Les petits, les trous dans la locomotive chassent le hobbit, un nain des forêts théâtrales d’Arcadie.

Vendredi

Donne-moi ce verre pour trinquer à ta vitesse, au cœur de notre chalet, pourri par les fleurs d’hiver.

Samedi

Merci pour ce haricot verre mon casque de mouton. Tu es un beau ciel de mangue porté par les vagues incessantes de ton chaudron bizarre.

La semaine est dans le collimateur du poissonnier qui remue son téléphone et traverse le canal à la fontaine rare. Je pense aux gouttes de sable sur mon auto et vois couler un calepin dans un ascenseur.

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